Le plateau des quatre Coline par Matthieu

Le plateau des quatre Coline par Matthieu

 

C’était un lieu-dit reculé dans les terres de Normandie. Le plateau, où paissaient des moutons, était peuplé de quelques pommiers et entouré de plusieurs collines boisées. Sur chacune de ces collines habitaient quelques paysans avec leur famille et leurs bêtes. Une coutume ancestrale, ultime bribe d’un droit d’aînesse d’antan, voulait que la première fille d’une union ait pour prénom Coline (comme une colline mais avec un seul l).

À cette époque ancienne, on enfantait encore chez soi. C’est ainsi que plusieurs petites filles vinrent à s’appeler Coline afin de perpétuer cette tradition absconse et désuète. Il y en avait quatre, quatre filles âgées respectivement de 7, 9, 12 et 13 ans.

C’était une belle fin d’après-midi sur le plateau, ce même plateau qu’on appellera plus tard le « plateau des quatre Coline ». L’angélus n’avait pas encore retenti, les quatre petites filles jouaient innocemment, comme on peut le faire lorsque l’on est encore enfant. D’ineffables cris venaient troubler la quiétude des moutons, qui s’en étaient accommodés par habitude.

La grande Coline, l’aînée, était grande pour son âge et primesautière. Elle était rousse aux yeux bleus, une rareté qui faisait la fierté de ses parents. Elle avait un visage de femme avec des traits très lisses bien qu’elle fût encore très jeune. Coline s’émerveillait continuellement de la nature et des trésors que celle-ci offrait. Elle aimait jardiner, s’occuper des fleurs surtout, faire des bouquets et les offrir à sa mère, connaître le nom des plantes, grimper dans les arbres pour y manger des pommes. Elle était assez solitaire mais heureuse de sa condition. Elle vivait avec alacrité sa jeunesse loin des tracas de la ville. C’était elle que l’on chargeait de veiller sur les autres enfants.

Coline la Seconde, âgée de 12 ans, était d’une nature différente. Elle était brune aux yeux marron et d’une personnalité capricieuse, elle aimait donner des ordres à ses copines, les commander. Sa conviction d’autorité la confortait dans son rôle autoproclamé de chef des Coline. Les autres fillettes, encore éloignées de toutes considérations sociales et des règles de convenance qui régissait la société, obéissaient avec déférence.

Coline la Troisième, l’autre cadette donc, âgée de 9 ans, bien qu’anormalement petite, était la plus mature de toutes. Elle avait été élevée dans une famille de garçons et avait reçu une éducation spartiate qui ne lui faisait aucune faveur quant à son sexe dit « faible ». Bien que cette contrée soit particulièrement touchée d’illettrisme, Coline suivait avec assiduité des leçons d’orthographe auprès du curé de la paroisse locale situé à quelques kilomètres des collines. Elle subissait peu à peu le prosélytisme divin mais n’avait pas encore basculé dans la dévotion. Elle possédait un tempérament téméraire, on disait d’elle qu’elle était un garçon manqué.

Enfin, la petite Coline, la benjamine, âgée de 7 ans, ressemblait à une poupée. Elle avait de fines menottes couleur nacrée. Son minois était angélique : blonde aux yeux verts avec de délicates fossettes et un petit nez retroussé. Elle babillait à longueur de journée, minaudant inconsciemment en explorant la nature, sautillante et ravie.

[…]

© Matthieu

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Posté le

22 novembre 2016

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